Dernières actualités

“Sociologue de la laïcité exprime des craintes quant à l’interdiction de l’Abaya à l’école”

Partager l’article sur :

“Sociologue de la laïcité exprime des craintes quant à l’interdiction de l’Abaya à l’école”

 

Lors d’un entretien accordé au Nouvel Obs ce lundi 30 août, l’historien et sociologue de la laïcité Jean Baubérot a fait part de ses craintes suite à l’annonce du ministre de l’Education Nationale, Gabriel Attal, d’interdire le port de l’Abaya à l’école.

Les chefs d’établissements auront alors le libre arbitre de décider de refuser ou non l’accès en salle de cours aux jeunes filles ayant choisi de porter cette fameuse robe longue qualifiée à tort de “vêtement religieux”, et ce, à compter de la rentrée scolaire prévue le 4 septembre prochain.

En effet, Jean Baubérot souligne les difficultés qu’impliquent une telle décision ferme du gouvernement de dicter aux élèves leur tenue vestimentaire. Et précise que l’année dernière, seuls 4 % des établissements scolaires étaient concernés. Il estime que cette décision va encourager “l’extrémisme”.

Le premier point de discorde réside dans la définition claire de ce qu’est une “abaya”, loin des interprétations farfelues du camp d’extrême droite, ni des fantasmes de Gabriel Attal l’imaginant comme islamique précisant qu'”aucun chef d’établissement ne m’a demandé de la définir, ils savent très bien ce que c’est”. De son côté,  le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) assure qu’il s’agit d’un vêtement purement “culturel et non religieux”.

Est-elle une tenue assimilable à un vêtement religieux ? Et y avait-il nécessité de l’interdire ? Pour l’historien Jean Baubérot, le ministre de l’EN se heurte à la distinction presque impossible entre une abaya et une simple robe longue, fleurie, vendue dans beaucoup de magasins de prêt à porter, et fréquemment portée par des jeunes filles non-musulmanes.

L’abaya est, à l’origine, une robe ample portée pour mieux résister à la chaleur. C’est une tenue traditionnelle dans des pays arabes. Même la Fondation de l’Islam de France en étroit lien avec l’Etat a tenu à clarifier le caractère culturelle de l’abaya, afin d’empêcher toute spéculation politique sur le fait que la porter contribue à faire du prosélytisme islamiste. Il n’en est pourtant rien.

On se trouve donc dans un étrange et inquiétant paradoxe : l’Etat laïque coopère à la fondation d’organismes censés être ses interlocuteurs, mais, ensuite, il ignore leur avis et veut décréter ce qui est religieux et ce qui ne l’est pas. Et, pour lui, est religieux ce que les intégristes prétendent être religieux. C’est une situation assez absurde, en tout cas contraire à la séparation des Eglises et de l’Etat.

Son successeur, Pap Ndiaye avait lui, tenu à rester prudent sur cette question épineuse. Dans le même sens, “la loi de séparation de 1905 avait refusé de légiférer sur le vêtement. A l’époque, il s’agissait au moins d’un vêtement clairement religieux, la soutane, que certains voulaient interdire dans l’espace public (…)” explique Jean.

“Le rapporteur de la commission parlementaire, Aristide Briand, a tenu un propos de portée générale en déclarant qu’il serait « ridicule » qu’une « loi de liberté » impose une façon de s’habiller et, de plus, que si la soutane était interdite, un autre vêtement clérical serait rapidement adopté. Il ne fallait donc pas mettre le doigt dans l’engrenage. Or c’est précisément ce que fait l’école aujourd’hui.” prévient le sociologue.

Ce qui le désole, c’est que l’attitude de l’institution scolaire est en train de fabriquer un amalgame entre la réaction logique d’un ou d’une ado qui s’oppose aux règles qu’il ou elle ne comprend pas et le jeu des extrémistes qui profitent allègrement de l’attitude contreproductive de l’institution scolaire, et se rendent ainsi attirants auprès de certains jeunes. “Avec une telle stratégie, je crains que l’extrémisme ait de beaux jours devant lui.” conclut il non sans un certain pessimisme.

 

Par Al Djawâb

Actualités connexes

Le cheikh Ali Al-Qaradaghi participe au Forum international des échanges stratégiques en Turquie

Le cheikh Ali Al-Qaradaghi participe au Forum international des échanges
Annonce