{"id":91045,"date":"2022-10-29T00:00:00","date_gmt":"2022-10-29T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/iumsonline.cloud\/2022\/10\/29\/trente-ans-apres-la-derniere-epidemie-le-retour-du-cholera-inquiete-au-liban\/"},"modified":"2022-10-29T00:00:00","modified_gmt":"2022-10-29T00:00:00","slug":"trente-ans-apres-la-derniere-epidemie-le-retour-du-cholera-inquiete-au-liban","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/2022\/10\/29\/trente-ans-apres-la-derniere-epidemie-le-retour-du-cholera-inquiete-au-liban\/","title":{"rendered":"Trente ans apr\u00e8s la derni\u00e8re \u00e9pid\u00e9mie, le retour du chol\u00e9ra inqui\u00e8te au Liban"},"content":{"rendered":"<p>On le croyait &eacute;radiqu&eacute; depuis pr&egrave;s de 30 ans : le chol&eacute;ra fait son retour au Liban. Si l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie s&rsquo;est un temps concentr&eacute;e dans les camps de r&eacute;fugi&eacute;s syriens dans le nord du pays, la maladie mortelle s&rsquo;est d&eacute;sormais propag&eacute;e. Les ONG tirent la sonnette d&rsquo;alarme et peinent &agrave; contenir la propagation alors que le pays est toujours plong&eacute; dans un profond marasme &eacute;conomique.<\/p>\n<p>Cette premi&egrave;re &eacute;pid&eacute;mie de chol&eacute;ra dans le pays depuis 1993 s&rsquo;est d&rsquo;abord d&eacute;clar&eacute;e dans la Syrie voisine. Le premier cas y a &eacute;t&eacute; enregistr&eacute; le 10 septembre et, selon l&rsquo;OMS, plus de 20 000 cas suspects de diarrh&eacute;e aqueuse aigu&euml; et 75 d&eacute;c&egrave;s avaient d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; comptabilis&eacute;s &agrave; la mi-octobre.<\/p>\n<p>Contaminations exponentielles<br \/>\nL&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie s&rsquo;est ensuite rapidement propag&eacute;e au nord du Liban, avec un premier cas signal&eacute; le 6 octobre, l&agrave; o&ugrave; vivent environ 1,5 million de Syriens qui ont fui leur pays en guerre. Les camps de r&eacute;fugi&eacute;s syriens, notamment ceux du gouvernorat de l&#39;Akkar et celui de Baalbek-Hermel ont &eacute;t&eacute; les premiers touch&eacute;s. Et pour cause : la plupart des r&eacute;fugi&eacute;s syriens au Liban vivent dans la plus grande pauvret&eacute; et leurs conditions de vie se sont d&eacute;grad&eacute;es avec la grave crise &eacute;conomique que traverse le pays.<\/p>\n<p>Mais rapidement, l&#39;&eacute;pid&eacute;mie se propage dans tout le territoire : &quot;Il y a une acc&eacute;l&eacute;ration de la propagation de l&#39;&eacute;pid&eacute;mie&quot;, a alert&eacute; mercredi 19 octobre le ministre libanais de la Sant&eacute;, Firas Abiad, lors d&#39;une conf&eacute;rence de presse &agrave; Beyrouth. &quot;La grande majorit&eacute; des cas sont des r&eacute;fugi&eacute;s syriens&quot;, a-t-il expliqu&eacute;. &quot;Mais nous avons commenc&eacute; &agrave; remarquer une hausse des cas parmi les Libanais&quot;. Les cas confirm&eacute;s de chol&eacute;ra ont grimp&eacute; &agrave; pr&egrave;s de 450 personnes contamin&eacute;es et dix d&eacute;c&egrave;s ont &eacute;t&eacute; r&eacute;pertori&eacute;s, selon le minist&egrave;re de la Sant&eacute;.<\/p>\n<p>Selon MSF, citant les chiffres du minist&egrave;re de la Sant&eacute; Publique, environ 20 % des personnes contamin&eacute;es seraient libanaises. Une propagation pr&eacute;visible, selon Bertrand Bainvel, directeur r&eacute;gional adjoint de l&rsquo;Unicef pour le Moyen-Orient et l&rsquo;Afrique du Nord, pour qui &quot;le chol&eacute;ra ne conna&icirc;t pas les fronti&egrave;res et les lignes de contr&ocirc;le. Il se propage au gr&eacute; des mouvements de population, y compris les d&eacute;placements,&quot; pr&eacute;cise-t-il dans un communiqu&eacute;.&nbsp;<\/p>\n<p>Crise de l&rsquo;eau<br \/>\nLe chol&eacute;ra est une infection provoqu&eacute;e par d&rsquo;une bact&eacute;rie, le bacille vibrio cholerae ou vibrion chol&eacute;rique, qui ne touche que les humains. M&ecirc;me si de nombreuses personnes infect&eacute;es sont asymptomatiques ou d&eacute;veloppent des sympt&ocirc;mes l&eacute;gers, cette maladie diarrh&eacute;ique aig&uuml;e peut &ecirc;tre tr&egrave;s dangereuse. Elle peut tuer en quelques heures en l&rsquo;absence de traitement. L&rsquo;infection est g&eacute;n&eacute;ralement contract&eacute;e &agrave; partir d&rsquo;aliments ou d&rsquo;eau contamin&eacute;s et provoque diarrh&eacute;es et vomissements. Le cholera se d&eacute;veloppe dans des zones souvent peupl&eacute;es, d&eacute;pourvues de r&eacute;seaux d&#39;assainissement adapt&eacute;s et o&ugrave; les acc&egrave;s &agrave; l&#39;eau potable sont limit&eacute;s<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est justement la crise de l&rsquo;eau potable que traverse le pays qui est point&eacute;e du doigt. Au Liban, l&rsquo;approvisionnement d&rsquo;eau constitue un probl&egrave;me majeur de la vie quotidienne, ponctu&eacute;e par des coupures &agrave; r&eacute;p&eacute;tition. Le pays b&eacute;n&eacute;ficie de ressources relativement abondantes avec ses montagnes enneig&eacute;es l&rsquo;hiver, mais les infrastructures de distribution obsol&egrave;tes et le manque de stockage engendrent de r&eacute;elles difficult&eacute;s d&rsquo;approvisionnement pour la population.<\/p>\n<p>Pour le ministre de la Sant&eacute;, &quot;l&#39;eau contamin&eacute;e&quot; est en effet l&#39;une des &quot;principales raisons&quot; de la transmission de l&#39;infection, mais aussi la consommation de fruits et l&eacute;gumes contamin&eacute;s. &quot;L&#39;eau pollu&eacute;e qui s&#39;est av&eacute;r&eacute;e contamin&eacute;e &eacute;tait utilis&eacute;e pour l&#39;irrigation&quot;, s&rsquo;est justifi&eacute; Firas Abiad, &eacute;vitant d&rsquo;aborder le sujet des difficult&eacute;s d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; l&rsquo;eau potable dans le pays.<\/p>\n<p>Selon Marcelo Fernandez, chef de mission MSF au Liban, &quot;l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie actuelle est li&eacute;e &agrave; un probl&egrave;me g&eacute;n&eacute;ral d&rsquo;assainissement de l&rsquo;eau&quot;. M&ecirc;me &agrave; Beyrouth les coupures de courant sont tr&egrave;s fr&eacute;quentes. &quot;On fonctionne avec des g&eacute;n&eacute;rateurs. Et sans &eacute;lectricit&eacute;, pas de pompe pour purifier l&rsquo;eau&quot;, explique-t-il. Les gens s&#39;approvisionnent aupr&egrave;s de sources individuelles qui ne sont pas contr&ocirc;l&eacute;es et qui peuvent &ecirc;tre pollu&eacute;es. Le chol&eacute;ra au Liban est un probl&egrave;me de structure de fond pour l&rsquo;&eacute;puration de l&rsquo;eau&quot;, continue Marcelo Fernandez, arguant que le chol&eacute;ra ne se d&eacute;veloppe pas dans les pays o&ugrave; l&rsquo;eau est correctement trait&eacute;e.<\/p>\n<p>P&eacute;nurie de vaccins<br \/>\nL&rsquo;autre question qui fait grincer des dents au pays du C&egrave;dre est celle du vaccin contre le chol&eacute;ra. En effet, plusieurs vaccins oraux ont &eacute;t&eacute; mis au point mais selon l&rsquo;OMS, la multiplication des flamb&eacute;es dans le monde a conduit &agrave; une situation de p&eacute;nurie. L&#39;agence onusienne a annonc&eacute; le 19 octobre qu&#39;elle allait d&eacute;sormais n&#39;administrer qu&#39;une seule dose de vaccin contre le chol&eacute;ra au lieu des deux recommand&eacute;es, afin de pouvoir traiter plus de personnes.<\/p>\n<p>&quot;Nous souhaitons pouvoir apporter le vaccin contre le chol&eacute;ra au Liban&quot;, s&rsquo;est justifi&eacute; le ministre de la Sant&eacute; libanais. &quot;Malheureusement, il y a une p&eacute;nurie internationale de vaccins&quot;, a-t-il expliqu&eacute;, ajoutant avoir re&ccedil;u &quot;plusieurs promesses selon lesquelles le vaccin sera bient&ocirc;t disponible.&quot;<\/p>\n<p>Le pays aurait, selon le chef de mission MSF au Liban, fait la demande 600 000 doses de vaccins, et devrait recevoir une r&eacute;ponse dans les prochains jours. Juste de quoi traiter le d&eacute;but de l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie, selon lui, mais peut-&ecirc;tre pas assez pour pouvoir l&rsquo;endiguer.<\/p>\n<p>&quot;Le syst&egrave;me de sant&eacute; est rouill&eacute;&quot;<br \/>\nCette &eacute;pid&eacute;mie est un nouveau coup dur pour le secteur de la sant&eacute; d&eacute;j&agrave; surcharg&eacute;. Le syst&egrave;me de sant&eacute; libanais est d&eacute;j&agrave; durement touch&eacute; par la crise financi&egrave;re qui frappe le pays depuis trois ans. &Agrave; Beyrouth, le syst&egrave;me est encore mis &agrave; mal par l&#39;explosion au port de Beyrouth le 4 ao&ucirc;t 2020, qui a d&eacute;truit des infrastructures m&eacute;dicales essentielles dans la capitale.<\/p>\n<p>Les autorit&eacute;s redoutent une intensification de l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie et confessent qu&#39;elles ne sont pas pr&eacute;par&eacute;es. Selon le ministre de la Sant&eacute;, m&ecirc;me avec l&#39;aide humanitaire, le secteur sanitaire aurait du mal &agrave; faire face &agrave; une &eacute;pid&eacute;mie de grande ampleur.<\/p>\n<p>M&ecirc;me son de cloche chez M&eacute;decins sans Fronti&egrave;res, dont les &eacute;quipes sont d&eacute;ploy&eacute;es au nord-est du gouvernorat d&rsquo;Akkar &agrave; la fronti&egrave;re syrienne, au nord du pays et dans la vall&eacute;e de la Bekaa &agrave; l&rsquo;est, consid&eacute;r&eacute; comme le prochain site vuln&eacute;rable. &quot;On se pr&eacute;pare &agrave; un sc&eacute;nario catastrophe&quot;, explique Marcelo Fernandez. &quot;Nous essayons de mettre en place des fournitures m&eacute;dicales, qui ne sont pas dans le pays et qu&rsquo;il faut importer d&rsquo;Europe. Nous investissons dans l&rsquo;achat de m&eacute;dicaments en pr&eacute;vention d&rsquo;une &eacute;pid&eacute;mie bien plus grave. &quot;Mais le syst&egrave;me de sant&eacute; est rouill&eacute;&quot;, se lamente-t-il. &quot;Le Liban a perdu 40 % de ses m&eacute;decins et 30 % de ses infirmi&egrave;res depuis la crise de 2019&quot;, continue-t-il, expliquant que m&ecirc;me si les &eacute;quipes de l&rsquo;ONG au Liban se pr&eacute;parent, elles ne &quot;sont pas pr&ecirc;tes&quot;.<\/p>\n<p>30 millions de dollars<br \/>\nSelon les associations humanitaires qui &oelig;uvrent sur le terrain, le pays a besoin de fonds. L&rsquo;UNICEF sonne l&rsquo;alarme et estime &agrave; 40,5 millions de dollars la somme n&eacute;cessaire pour vaincre l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie de chol&eacute;ra en Syrie et au Liban, dont environ 30 millions pour le Liban seul.&nbsp;<\/p>\n<p>Ces fonds serviraient &agrave; fournir notamment des solutions de r&eacute;hydratation orale, pour traiter la d&eacute;shydratation caus&eacute;e par la diarrh&eacute;e et des kits de traitement du chol&eacute;ra contenant m&eacute;dicaments, intraveineuses, ainsi que du mat&eacute;riel pour prot&eacute;ger les soignants comme des seaux, des bottes, du chlore et des b&acirc;ches en plastique. L&rsquo;Unicef affirme avoir d&eacute;j&agrave; fourni au Liban du mat&eacute;riel pour traiter 5 000 cas de chol&eacute;ra, en compl&eacute;ment de &quot;kits chol&eacute;ra&#39; fournis par MSF et permettant de traiter environ 3 100 patients.<\/p>\n<p>Au regard de l&rsquo;ampleur de l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie c&ocirc;t&eacute; syrien, o&ugrave; l&rsquo;on d&eacute;nombre des dizaines de milliers de cas, tous ces efforts risquent de ne pas &ecirc;tre suffisants pour endiguer l&#39;&eacute;pid&eacute;mie libanaise.<\/p>\n<p>D&eacute;but octobre, l&#39;OMS a indiqu&eacute; que le monde faisait face &agrave; une &quot;recrudescence inqui&eacute;tante&quot; du chol&eacute;ra dans une vingtaine de pays, favoris&eacute;e notamment, apr&egrave;s des ann&eacute;es de d&eacute;clin, par les effets du changement climatique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le chol\u00e9ra avait disparu du Liban depuis 1993. Mais depuis un mois, la maladie refait surface. D\u2019abord cantonn\u00e9e aux camps de r\u00e9fugi\u00e9s du nord du pays, o\u00f9 se concentrent un peu plus d\u2019un million de Syriens, elle s\u2019est propag\u00e9e \u00e0 une vitesse ph\u00e9nom\u00e9nale et touche d\u00e9sormais d\u2019autres r\u00e9gions du pays. Dans le pays du C\u00e8dre, en proie \u00e0 une profonde crise \u00e9conomique, les ONG redoutent que le syst\u00e8me de sant\u00e9, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 genoux, ne puisse prendre en charge la vague \u00e9pid\u00e9mique.<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":92463,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[415],"tags":[],"class_list":["post-91045","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-our-news-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91045","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=91045"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91045\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/92463"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=91045"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=91045"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/iumsonline.cloud\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=91045"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}